
Lève-toi pour te battre, jeune Africain !
Travaille dur comme si ta vie en dépendait. Non pas parce que le travail garantit à lui seul la réussite, mais parce qu’il te donne la possibilité de transformer ce que tu portes en toi en quelque chose de concret. Un talent qui n’est jamais cultivé finit par s’éteindre. Une idée qui n’est jamais mise à l’épreuve reste un simple rêve. Le temps, lui, avance sans attendre personne. Si tu demeures immobile aujourd’hui, dans dix ou vingt ans, tu risques de regarder une nouvelle génération prendre sa place pendant que la tienne sera encore en train de chercher des raisons à son retard. Tu te demanderas alors pourquoi certains ont progressé pendant que tu es resté au même point.
Peut-être accuseras-tu tes parents de ne pas t’avoir donné les moyens nécessaires. Peut-être parleras-tu de la pauvreté dans laquelle tu as grandi, de mauvaises fréquentations, du manque d’opportunités ou des circonstances qui ne t’ont pas été favorables. Et il est vrai que les conditions de départ ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Certains grandissent avec des ressources, des relations et des possibilités que d’autres n’auront jamais.
Mais les circonstances expliquent une partie de ton parcours ; elles ne doivent pas nécessairement en décider de l’issue. Il arrive un moment où chacun doit regarder sa propre vie avec lucidité et se demander : qu’ai-je fait de ce qui m’a été donné ? Tu n’as peut-être pas reçu beaucoup. Mais qu’as-tu fait de ce peu ? Tu n’as peut-être pas eu les meilleures écoles. Mais qu’as-tu appris par toi-même ? Tu n’as peut-être pas trouvé l’emploi que tu espérais. Mais quelle compétence as-tu développée pendant cette période ? Tu n’as peut-être pas bénéficié des bonnes relations. Mais quelles relations as-tu cherché à construire ?
Attendre que tout soit réuni pour commencer, c’est parfois condamner ses ambitions à l’immobilité. Commence avec ce que tu possèdes. Une connaissance, une compétence, une idée, une petite économie, un téléphone, un ordinateur, un carnet, une terre à cultiver, une voix à faire entendre. Ce qui paraît insignifiant au départ peut devenir considérable lorsqu’il est associé à la patience et à la constance. Beaucoup de réussites commencent dans l’anonymat. Personne ne remarque les longues heures d’apprentissage. Personne ne voit les premiers sacrifices. Personne n’applaudit lorsque tu recommences après un échec. Pourtant, c’est souvent dans ces moments discrets que se construit ce que les autres finiront par appeler, plus tard, la réussite.
Jeune Africain, ne mesure donc pas ta valeur à ce que tu possèdes aujourd’hui. Ta situation actuelle n’est qu’une photographie ; elle n’est pas toute ton histoire. Tu peux encore apprendre un métier. Reprendre tes études. Créer une activité. Écrire un livre. Cultiver une terre. Monter une entreprise. Maîtriser une technologie. Développer une invention. Former d’autres jeunes. Transformer une difficulté de ton environnement en occasion de créer une solution. L’Afrique est confrontée à d’immenses défis, mais chacun de ces défis révèle également des besoins, et derrière ces besoins se trouvent des possibilités d’action.
Le chômage peut conduire à l’invention de nouveaux modèles d’activité. Les difficultés dans l’éducation peuvent susciter de nouvelles méthodes d’apprentissage. Les problèmes agricoles peuvent stimuler l’innovation. Le manque d’accès à certains services peut devenir le point de départ d’une entreprise ou d’une initiative sociale. Il ne s’agit pas de croire naïvement que la volonté suffit à résoudre tous les problèmes. Elle ne suffit pas. Il faut aussi des politiques publiques efficaces, des institutions solides, des investissements, des infrastructures et un environnement favorable. Mais dans cet ensemble, il y a une place pour l’individu. Et cette place est la tienne. Ne cherche donc pas seulement à obtenir ce que les autres ont déjà construit. Demande-toi aussi ce que tu pourrais apporter. Quelle trace laisseras-tu derrière toi ? Lorsque ton nom ne sera plus qu'un souvenir, qu'est-ce qui témoignera de ton passage ? Une œuvre ? Une entreprise ? Un livre ? Une invention ? Une famille bien éduquée ? Des élèves que tu auras formés ? Une communauté que tu auras aidée à progresser ? Alors, donne-toi une direction.
Apprends à travailler même lorsque personne ne te surveille. Apprends à différer certaines satisfactions pour construire quelque chose de durable. Entoure-toi de personnes qui élèvent ton niveau d’exigence. Accepte de reconnaître tes erreurs et de corriger ta trajectoire. Et surtout, ne te laisse pas enfermer dans la comparaison. Tu ne connais pas toujours le prix payé par ceux dont tu admires les résultats. Chacun avance avec son histoire, ses blessures, ses avantages et ses obstacles. Ce qui compte n’est pas d’aller plus vite que tout le monde, mais de ne pas abandonner ton propre chemin.
Tu connaîtras certainement des revers. Certains projets échoueront. Certaines portes resteront fermées. Des personnes en qui tu croyais pourront te décevoir. Il y aura des périodes où tes efforts sembleront ne produire aucun résultat. C’est précisément là que se révèle la persévérance. La détermination n’est pas l’absence de peur ou de doute. C’est la capacité de continuer à agir malgré eux. Alors, jeune Africain, refuse de faire de tes difficultés une identité. Tu peux venir d’un milieu modeste sans être condamné à y rester. Tu peux avoir échoué sans être un échec. Tu peux avoir pris du retard sans avoir perdu ton avenir.
Mais ne demande pas à la vie de changer pendant que tu refuses de changer toi-même. Forme-toi. Travaille. Expérimente. Entoure-toi intelligemment. Prends des risques mesurés. Apprends de tes erreurs. Et lorsque l’occasion se présente, sois suffisamment préparé pour la saisir.
Ton avenir ne sera peut-être pas exactement celui que tu imagines aujourd’hui. Il sera probablement différent, peut-être même meilleur. Mais il dépendra en partie de ce que tu décideras de faire du temps dont tu disposes maintenant.
Le continent africain n’a pas besoin seulement de consommateurs de richesses produites ailleurs. Il a besoin de femmes et d’hommes capables de produire, d’inventer, de penser, de transmettre et de bâtir. Tu peux être l’un d’eux. Alors ne reste pas spectateur de ta propre existence. Lève-toi pour te battre, non contre le monde, mais d’abord contre tout ce qui, en toi, te pousse à renoncer avant même d’avoir essayé. Travaille avec patience. Avance avec discipline. Construis avec intelligence. Et donne à tes rêves suffisamment de temps pour devenir réalité. Tu ne choisiras peut-être pas les cartes que la vie t’a distribuées. Mais tu peux encore décider de la manière dont tu vas les jouer.
© Florent Aïkpe

